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L'origine de Poudre



La poudre à canon dès l'antiquité

Dutens, après avoir cité plusieurs autorités, et entre autres l'exemple de Salmonée, pour appuyer l'assertion que la poudre à canon avait été connue des anciens, ajoute, dans l'Origine des découvertes attribuées aux modernes (1812) :
« Ce qui met cette question hors de doute est un passage clair et positif d'un auteur appelé Marcus Graecus, dont on voit un ouvrage manuscrit à la Bibliothèque du roi à Paris, intitulé Liber ignium. L'auteur y décrit plusieurs moyens de combattre l'ennemi, en lançant des feux sur lui, et entre autres il propose celui-ci : de mêler une livre de soufre-vif, deux livres de charbon de saule et six livres de salpêtre, et de réduire le tout ensemble en une poudre très fine dans un mortier de marbre. Il ajoute qu'en mettant une certaine quantité de cette poudre dans une enveloppe longue, étroite et bien foulée, on la fait voler ; ce qui est la fusée : et que l'enveloppe, au contraire, avec laquelle on veut imiter le tonnerre, doit être courte et grosse, à moitié pleine, et fortement liée d'une ficelle ; ce qui est exactement la description du pétard.
Il donne ensuite différentes méthodes de préparer la mèche, et enseigne aussi le moyen de faire lancer une fusée par une autre fusée en l'air, en renfermant l'une dans l'autre. Enfin il parle, comme on le voit, aussi clairement de la composition et des effets de la poudre à canon que le pourrait faire un artificier de nos jours. J'avoue qu'il ne m'a pas été possible de déterminer bien précisément le temps où vivait cet auteur ; mais ce qui me paraît fort probable, c'est qu'il devait exister avant le médecin arabe Mesué, qui a paru au commencement du IXe siècle, puisque celui-ci le cite. »
Quoi qu'il en soit, la découverte de la poudre paraît dater de temps très reculés, et l'on croit généralement que les Chinois en faisaient usage plusieurs siècles avant notre ère.


La découverte de la poudre à canon en Europe

On en attribue l'invention en Europe à Bertbold Schwartz, autrement dit Constantin Angliksen, cordelier, originaire de Fribourg en Allemagne, qui trouva cette composition par hasard, en travaillant à des opérations de chimie, à Cologne, en 1320, ou, selon d'autres, en 1351. Il avait déjà été question, dans le siècle précédent, de quelque chose qui pouvait conduire à cette découverte : le moine Roger Bacon, dans un livre publié à Oxford, en 1216, parle de l'explosion de salpêtre renfermé dans un globe, comme d'une expérience familière ; ce même chimiste parle de feux artificiels dont l'impétuosité imitait les effets de la poudre, à en juger par l'idée qu'il cherche à en donner. « On ne commença, dit l'auteur des Amusements philologiques, à se servir de la poudre à canon qu'en 1338, pour attaquer les châteaux, et non les hommes. Cependant un passage d'un auteur arabe, nommé Abu-Abdalla-Ebna-Alkhatif, semblerait annoncer que l'usage en est antérieur à 1338. L'histoire du Languedoc présente, sous la date de 1345, une quittance donnée à la trésorerie de la sénéchaussée de Toulouse pour fourniture de canons de fer et de poudre pour le service des canons. »
Quel que soit l'auteur de cette découverte, il est sûr qu'elle a apporté un grand changement dans l'art militaire.
Si Louis XV avait eu l'âme ambitieuse et cruelle, la France aurait fait dans l'art de la guerre une révolution aussi grande que celle que produisit autrefois la découverte de la poudre à canon. Un Dauphinois, nommé Dupré, qui avait passé sa vie à faire des opérations de chimie, inventa un feu si rapide et si dévorant qu'on ne pouvait ni l'éviter ni l'éteindre : l'eau lui donnait une nouvelle activité. Sur le canal de Versailles, en présence du roi, on en fit des expériences qui firent frémir les militaires les plus intrépides. Quand on fut bien sûr qu'un seul homme, avec un tel art, pouvait détruire une flotte ou brûler une ville, on défendit à Dupré de communiquer son secret à personne, et le roi le récompensa pour qu'il se tût. Il est mort peu de temps après, emportant avec lui sa terrible découverte.


Les différentes sortes de poudre à canon

La poudre à canon est un mélange exact et en proportions déterminées de salpêtre (nitrate de potasse), de charbon et de soufre ; elle est d'autant meilleure, toutes choses égales d'ailleurs, que le choix de ces trois matières est mieux fait. La poudre royale et la poudre superfine sont les plus estimées. On usait en France de deux sortes de poudre de guerre, la poudre anguleuse et la poudre ronde. Cette dernière est de deux espèces de grains : les plus gros forment la poudre à canon, les autres forment la poudre à fusil.
La poudre blanche est moins forte que celle en usage ; les matières qui entrent dans sa composition sont triturées par les mêmes procédés que la poudre ordinaire.
La poudre de mine sert pour l'exploitation des mines et des carrières.
La poudre fulminante dont on a d'abord fait usage dans les armes à feu dites à percussion était de la poudre muriatique, laquelle s'enflamme par la percussion et communique rapidement le feu à l'amorce. Mais cette poudre ayant l'inconvénient d'oxyder promptement les pièces en fer ou en acier qui forment la platine du fusil, on l'a remplacée avantageusement par des poudres contenant de l'argent fulminant ou du mercure fulminant. On prend, pour la composer, une partie de cette substance détonante qu'on mêle avec 3 parties de poussier de poudre ordinaire, on l'humecte avec de l'eau légèrement gommée, et l'on en forme ainsi de petits grains que l'on laisse bien sécher avant d'en faire usage.
On appelle poudre blanche fulminante une poudre composée de 3 parties de salpêtre, 2 de sel de tartre (tartrite acidulé de potasse), et de 1 partie de soufre. Lorsque le mélange est parfait, au moyen de la trituration, on met cette poudre dans une cuillère de fer qu'on expose quelques instants à l'action d'un petit feu. Ces matières entrent bientôt en ébullition, la chaleur les enflamme, et provoque une détonation extrêmement forte, et qu'on peut comparer à celle d'un coup de canon. La poudre fulminante n'a pas été inconnue à Roger Bacon, mort en 1288. C'est de cette poudre, et non de celle à tirer, qu'il est
question dans un de ses ouvrages.


La poudre anti-hémorragique

Cette poudre, inventée par M. Faynard, en 1790, a la vertu d'arrêter toutes les hémorragies, tant internes qu'externes, les vomissements et les crachements de sang, les saignements de nez, les flux menstruels trop abondants, etc. Dans les amputations on n'a pas besoin de recourir aux ligatures, elle cicatrise toutes sortes de coupures. M. Faynard a obtenu du roi un privilège exclusif de trente ans, et l'ordre d'approvisionner au besoin tous les hôpitaux du royaume.


La poudre à poudrer

Les cheveux sont la parure naturelle de l'homme ; c'est par cette raison qu'on a cherché à corriger ce qu'ils pouvaient avoir de défectueux, et à leur donner ce qui leur manquait d'agrément. Les anciens les teignaient en blond, parce que cette couleur leur plaisait ; quelquefois même ils les couvraient de poudre d'or pour les rendre plus brillants : cette teinture et cette poudre étaient les deux seuls moyens en usage parmi eux pour parer leur chevelure ; il n'en est point parlé dans ce grand nombre d'auteurs grecs et latins qui nous sont restés. Les pères de l'Eglise, qui reprochent avec tant de force aux femmes chrétiennes tous les moyens qu'elles emploient pour se donner des agréments qu'elles n'avaient pas, n'ont point fait mention de la poudre ; il n'en est point parlé dans nos vieux romans, qui marquent dans un si grand détail les ajustements de l'un et l'autre sexe ; on n'en voit point dans les vieux portraits, quoique les peintres d'alors représentassent toujours la personne de la même manière dont elle était vêtue et parée.
On lit dans Brantôme que Marguerite de Valois, qui était fâchée d'avoir les cheveux très noirs, recourait à toutes sortes d'artifices pour en adoucir la couleur ; si la poudre eût été alors en usage, elle se serait épargné ces soins. Le premier de nos écrivains qui ait parlé de la poudre est l'Etoile, dans son journal, sous l'an 1593 ; il rapporte que l'on vit dans Paris trois religieuses se promener dans les rues, frisées et poudrées. Depuis ce temps la poudre devint peu à peu à la mode parmi nous, et de notre nation elle a passé chez les autres peuples de l'Europe.
L'usage de la poudre à cheveux ne remonte donc pas au-delà du XVIe siècle ; et même, sur la fin du XVIIe siècle, il n'y avait que les comédiens qui se poudraient : encore ne portaient-ils de la poudre que sur le théâtre ; ils avaient soin de se peigner et de se dépoudrer quand ils en sortaient. Depuis la fin du XVIIIe siècle, c'est-à-dire depuis que la mode de porter les cheveux courts s'est introduite, l'usage de la poudre a généralement disparu.

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