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L'origine de Chant-royal



Sorte de poème inventé sous Charles V

C'est sous Charles V qu'on imagina cette sorte de poème ancien. Le chant royal est composé de cinq strophes ou couplets, chacun de onze vers, rangés comme on peut le remarquer dans l'exemple suivant, et terminé par un envoi.
Les rimes du premier couplet règlent celles des couplets suivants, qui doivent être les mêmes et dans le même ordre, de sorte que toute la pièce, composée de soixante-deux vers, y compris l'envoi, roule sur cinq rimes différentes dont les deux premières sont employées dix fois, la troisième et la dernière douze fois, et la quatrième dix-huit fois.

Le dernier vers du premier couplet sert de refrain ou d'intercalaire pour les suivants, qui doivent finir de la même manière. L'envoi est une sorte d'explication de l'allégorie ; car le sujet qui fait le corps de cette pièce est pour l'ordinaire emprunté de la fable, des métamorphoses, ou de quelque trait éclatant de l'histoire, d'où l'on tire à la fin quelque moralité.

L'envoi se fait communément en sept vers, quelquefois en cinq, semblables, pour les rimes, à un pareil nombre de vers pris à la fin des couplets précédents. Les chants royaux se sont faits d'abord en vers de dix syllabes, et ensuite en vers de douze, parce que les derniers sont plus propres aux pièces sérieuses.
Toutes les règles doivent s'observer avec rigueur dans ce genre de poésie, sans qu'il soit permis, ainsi que l'observe le P. Morgues, de mettre le simple dans un couplet et le dérivé dans l'autre, ou de mettre deux fois un terme en même sens. Ce qui fait le prix du chant-royal, c'est que, malgré cette contrainte, et la servitude de l'intercalaire ou refrain, que le sens doit ramener naturellement à la fin de chaque couplet, l'expression doit être noble et aisée, le tour poétique et majestueux ; tout ce qui sent la licence en doit être banni.
Pour donner à ce poème toute la perfection dont il est susceptible, il semble au P. Morgues et à Démandre qu'il faudrait couper les couplets en ménageant des repos après le quatrième et le septième vers, ainsi que l'on fait dans les dizains.


Dans la mythologie greco-romaine

Le sujet du chant-royal que l'on donne pour exemple est tiré de la fable.
Antée, géant de la Libye, fils de Neptune et de la Terre, demeurait dans les déserts de son pays, où il attaquait tous les passants et les faisait mourir, ayant fait vœu d'élever à Neptune un temple avec des crânes humains. Hercule combattit contre lui, et le jeta trois fois à terre, mais inutilement, parce que sa mère lui donnait de nouvelles forces, de sorte qu'il se relevait avec plus de courage. Hercule, qui s'en aperçut, le souleva de terre, et l'étouffa entre ses bras.


Antée, chant royal

Modèle des héros, Alcide infatigable,
Toi qu'un père immortel rendit trop odieux,
Des fureurs de Junon écueil inébranlable.
Toujours haï du ciel, toujours digne des cieux,
Ta valeur se fit jour jusqu'au sombre rivage.
De l'Olympe et des dieux lorsqu'Atlas se soulage.
Tu soutiens le fardeau qui fait plier Atlas.
Après douze travaux, après mille combats,
Tu penses respirer au bout de ta carrière,
Et tu ne t'attends point à te voir sur les bras
Un tyran qui triomphe en mordant la poussière.

Ivre de sang humain, de sang insatiable,
Antée, affreux Titan, croit honorer les dieux,
Gardant pour leurs autels les reliefs de sa table :
Que ne couvre-t-on pas d'un zèle spécieux !
De crânes entassés par un triste carnage
Il prépare à Neptune un sanguinaire hommage,
Tout un temple bâti de ce funeste amas.
Jusqu'où va la fureur des dévots scélérats !
A celle de ce monstre oppose une barrière ;
Immole au dieu des flots, qui hait tels attentats,
Un tyran qui triomphe en mordant la poussière.

Vois, te tendant les mains, un reste déplorable
Des barbares repas du géant furieux ;
A la trace du sang, suis, vengeur équitable,
L'homicide altère qui dépeuple ces lieux.
L'implacable Junon, qui met tout en usage
Pour se venger sur toi de son époux volage,
Plus timide que toi le précède où tu vas :
Brave de son courroux les impuissants éclats ;
Brave le désespoir d'une épreuve dernière
Qui garde pour trophée à ton bras déjà las
Un tyran qui triomphe en umrdant la poussière.

Ah ! je vous vois aux mains. Le Typhée effroyable,
Écumant de la bouche, étincelant des yeux,
Te destine en son temple un endroit remarquable :
Il pense avoir ta tête, ornement curieux.
Mais qu'elle soutient mal, cette inutile rage,
De tes coups redoublés le foudroyant orage !
Il chancelle ; c'est fait : il tombe ; quel fracas !
Victoire ! Mais, que vois-je ! il se relève, hélas !
Et sa chute lui rend sa rigueur tout entière
Je vois reprendre haleine et raffermir ses pas,
Un tyran qui triomphe en mordant la poussière.

La Terre, en ce danger, mère trop pitoyable,
A son fils qui l'embrasse offre un secours pieux ;
Étendu sur la poudre il devient indomptable,
Et le coup qui l'abat le rend victorieux.
Héros ! tu n'en es point à ton apprentissage ;
Tu lui fais perdre terre ; il perd mu avantage.
Les dieux, qu'il crut servir, font gloire d'être ingrats.
Lors, moins rude lutteur que pesant embarras,
Il vomit dans les airs son âme carnassière.
Ainsi devait trouver dans le ciel son trépas
Un tyran qui triomphe en mordant la poussière.

Envoi
Prince, l'antiquité nous cette double image,
Nous a peint le plaisir assailli du courage :
Le souvenir du ciel affaiblit ses appas,
Trop puissants sur un cœur voluptueux et bas,
Qui trouvent leur amorce au sein de la matière.
Terrestre, impérieux, le plaisir n'est-il pas
Un tyran qui triomphe en mordant la poussière.

(Extrait du Gradus français)

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