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L'origine de Glace


Fluide devenu concret et solide par le refroidissement.


Des ornements de glace

Pendant l'hiver de 1740, qui fut très long et très rigoureux, on construisit à Pétersbourg un palais de glace de cinquante-deux pieds et demi de longueur, sur seize et demi de largeur et vingt de hauteur. L'architecture en était élégante et régulière. On prenait dans la Newa les blocs de glace qui avaient deux à trois pieds d'épaisseur ; on les taillait et l'on y sculptait des ornements, et lorsqu'ils étaient en place, on les arrosait en dehors d'eaux colorées qui se congelaient sur-le-champ, et formaient des espèces de stalactites très variées.
On fit également six canons et deux mortiers, avec leurs affûts entièrement de glace. Les canons étaient du calibre de ceux qui portent trois livres de balles ; mais on ne leur en donna qu'un quart de livre : on les chargea d'un boulet d'étoupes et d'un de fonte par-dessus. L'épreuve s'en fit en présence de toute la cour : le boulet alla percer, à soixante pas, une planche de deux pouces d'épaisseur ; et le canon, qui n'avait pas plus de quatre pouces d'épaisseur, n'éclata point. Ce fait singulier pourrait donner quelque vraisemblance à ce que dit Olaus Magnus des fortifications de glaces dont quelques peuples du nord avaient fait usage en certaines occasions.


La glace inflammable

Un autre usage de la glace qui, au premier coup d'œil, paraît encore plus extraordinaire, c'est celui qu'imagina d'en faire un physicien anglais en 1763. Il tailla un morceau de glace en lentille de neuf pieds neuf pouces de diamètre et cinq pouces d'épaisseur. Il l'exposa aux rayons du soleil, et il enflamma à sept pieds de distance de la poudre du papier et d'autres matières combustibles. Il est assez singulier d'imaginer qu'on pourrait mettre le feu à un magasin à poudre avec un morceau de glace. (Mercure de France du 25 juillet 1778). M. Le Roi, qui a traduit la description donnée par M Krafft, auteur allemand, du palais de glace dont il vient d'être parlé, pense qu'il serait possible de tourner la glace au tour, de la percer, de la tailler, de la peindre, de la mettre au feu après l'avoir frottée de naphte.


De la glace en guise de vitre

« On fait, est-il dit dans les Mélanges tirés d'une grande bibliothèque, en Sibérie des fenêtres de glace, en coupant les glaçons d'une certaine grandeur et épaisseur comme des carreaux de verre, et les appliquant aux cadres ou trous auxquels elles sont destinées. Ces glaçons ne se fondent pas, quoique la chambre soit fort échauffée, parce que l'air extérieur maintient toujours leur consistance. »
On remarque ordinairement qu'en hiver les fenêtres se couvrent de glace en dedans, et non pas en dehors. Voici la raison (purement conjecturale) qu'on peut en donner : l'air du dedans de la chambre, étant plus échauffé que l'air extérieur, laisse retomber les vapeurs qu'il contient ; ces vapeurs s'attachent aux vitres ; ensuite pendant la nuit l'air intérieur se refroidissant, ces vapeurs se gèlent sur les vitres auxquelles elles sont attachées.


La glace artificielle

Il est probable que l'usage de conserver de la neige dans les caves, pour boire frais pendant l'été, est fort ancien. Aristote et Galien ont indiqué la méthode de faire bouillir l'eau et de mettre le vase au milieu de la neige pour former de la glace. La manière de former de la glace par l'évaporation est connue et pratiquée depuis longtemps dans l'Indostan. Enfin on a employé le nitre pour rafraîchir les liqueurs, et il paraît que cette invention est due aux Portugais des Indes orientales.
M. de Réaumur a trouvé le moyen de faire de la glace artificielle par le moyen de sels mêlés avec de la neige ou de la glace pilée : la froideur d'une première glace sert à rendre la seconde plus froide ; celle-ci sert à son tour à une troisième, et ainsi de suite, sans qu'on sache le terme de la progression. Il a poussé l'augmentation du froid dans ces expériences, jusqu'à vingt-cinq degrés de son thermomètre, au-delà de la simple congélation.
Boerhaave a découvert le moyen de faire de la glace artificielle, par les sels seuls, sans le secours d'une glace étrangère. On connaît la propriété qu'ont les sels, principalement le sel ammoniaque, de refroidir l'eau où ils sont dissous, sans la glacer. Si donc on a de l'eau déjà froide à un degré voisin de la congélation, on pourra aisément en augmenter la froideur de plusieurs degrés, en y faisant dissoudre un tiers de sel ammoniaque. Ce mélange servira à rendre plus froide une seconde masse d'eau déjà refroidie au degré où l'était d'abord la première. On fera encore dissoudre du sel ammoniaque dans cette nouvelle eau. En employant ainsi des masses d'eau successivement refroidies, on aura enfin un mélange de sel et d'eau beaucoup plus froid que la glace ; d'où il suit que, si l'on plonge dans ce mélange une bouteille d'eau pure, moins froide que la glace, cette eau s'y gèlera.

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