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L'origine de Lit



L'étymologie du mot Lit

Ce mot vient du latin lectus, que Festus dérive de légère, pris dans la signification d'amasser, parce qu'on ramassait les choses dont il était composé d'abord, c'est-à-dire des feuilles, de la paille, en un mot de la litière ; car ce furent là, dans le commencement, les lits que les hommes se firent ; chez les Lacédémoniens ils étaient de roseaux. Homère fait coucher ses héros sur des peaux de bêtes garnies de leur poil.


Les lits de la Grèce antique

Les lits des Grecs, dans les temps héroïques, étaient, suivant le rapport de Goguet, composés d'une couchette sanglée, garnie de matelas, de couvertures, et probablement aussi de quelques espèces de traversins. Il ne paraît pas que les pavillons ou ciels de lit, ni les rideaux, fussent en usage anciennement dans la Grèce. On voit au surplus, ajoute-t-il, que, chez les princes et les rois, les bois de lit étaient ornés de plaques d'or et d'argent et de morceaux d'ivoire. A l'armée, les Grecs couchaient sur des peaux étendues à terre. On les couvrait de tapis ou d'autres étoffes qui tenaient lieu de matelas ; on mettait ensuite par-dessus les couvertures.


Les lits dans la Rome antique

Les Romains ne couchèrent longtemps que sur de la paille et des feuilles d'arbres sèches, et ce ne fut que l'exemple des nations qu'ils avaient vaincues qui, plus lard, les rendit plus délicats et plus difficiles. Le luxe et la magnificence parurent dans les lits comme dans les autres ameublements : ils remplacèrent les feuilles sèches par des matelas de laine de Milet et de plumes du plus fin duvet ; le bois d'ébène, de cèdre, de citronnier, enrichi de figures et d'ouvrages de marqueterie, fit disparaître le bois commun de leurs premiers lits. Il y en avait dont les pieds étaient ornés de lames d'ivoire, d'or et d'argent. Après la conquête de l'Asie, on en vit à Rome, dont les pieds étaient d'or et d'argent massifs.
Les fourrures, les étoffes précieuses, servaient de couvertures. Les gens du commun se couvraient la nuit des mêmes habits qu'ils portaient pendant le jour. On ne parle nulle part de rideaux, ce qui ferait croire, dit Furgault, qu'ils n'en avaient point. Les lits étaient fort élevés ; on n'y montait qu'à l'aide d'un gradin ou d'un tabouret. Ces lits, tels que les marbres antiques nous les représentent, étaient faits à peu près comme nos lits de repos ; mais avec un dos qui régnait le long d'un côté et qui de l'autre s'étendait aux pieds et à la tête, n'étant ouverts que par-devant.


Le lit de l'archevêque et l'Hôtel-Dieu

Autrefois, l'Hôtel-Dieu de Paris avait droit de réclamer le lit complet de l'archevêque et celui des chanoines, quand ils venaient à décéder. Ce droit fort ancien était la suite et la reconnaissance des soins que les religieuses de l'Hôtel-Dieu rendaient à l'archevêque et aux chanoines, en cas de maladie, comme à leurs supérieurs spirituels. Voici quelle en est l'origine :
La succession mobilière de l'archevêque de Paris était autrefois dévolue au roi. Louis-le-Jeune, à la veille de partir pour la Terre-Sainte, abandonna ce droit, moyennant une somme d'argent que l'évêque lui donna. Cet évêque, surnommé le père des pauvres, devenu maître de disposer de son mobilier, voulut qu'à l'avenir, au décès de l'évêque de Paris, le lit dans lequel il serait décédé appartînt à l'Hôtel-Dieu. Les chanoines suivirent l'exemple du prélat, et firent, en 1168, un statut confirmatif de cette donation. Le 4 septembre 1784, le parlement de Paris a rendu entre les héritiers de l'abbé de Ricouard d'Herouville, chanoine de l'église de Paris, et les administrateurs de l'Hôtel-Dieu, un arrêt qui a condamné lesdits héritiers à rendre et restituer à l'Hôtel-Dieu de Paris, le lit complet dudit abbé, si mieux ils n'aiment payer, pour sa valeur, la somme de trois cents francs.


Le lit de table

Dans les plus anciens temps de la Grèce, on s'asseyait à table, comme on fait aujourd'hui. Homère représente toujours les convives assis autour d'une table. Les Grecs et les Romains, dans le commencement, mangeaient sur des bancs de bois comme les autres nations, et ils ne changèrent de coutume que lorsqu'ils prirent celle de se baigner avant le repas. Après le bain, ils se mettaient au lit où ils se faisaient apporter à manger, et insensiblement la coutume de manger sur des lits s'établit en Grèce, d'où elle passa à Rome.
En Grèce les femmes ne paraissaient point au repas lorsqu'il y avait des étrangers ; mais, seules ou avec leurs maris, elles mangeaient couchées. Il paraît que l'usage de manger couché sur des lits ne s'introduisit à Rome qu'après la seconde guerre punique, et que ce fut Scipion l'Africain qui fit connaître chez ses concitoyens ces petits lits qu'on appela longtemps punicani (carthaginois) à cause du lieu d'où il les avait apportés. Ils étaient fort bas, d'un bois assez commun, rembourrés seulement de paille ou de foin, et couverts de peaux de chèvre ou de mouton. Plus tard ces lits ayant été perfectionnés par un tourneur ou menuisier de Rome, nommé Archias, du nom de l'ouvrier ils furent appelés archiaques. Comme ils tenaient peu de place, dans le siècle d'Auguste les gens d'une condition médiocre ne se servaient pas encore d'autres lits.
Les lits de table, chez les anciens Romains, furent d'abord, ainsi que nous l'avons dit, simples et sans ornement ; mais dans la suite, les pieds et le bois furent ornés d'écaille, d'ivoire, de lames d'or et d'argent ; les pierreries et les perles y brillaient de tous côtés. Les matelas étaient de pourpre brochée en or, avec des fleurs et des feuillages de toutes couleurs ; les coussins sur lesquels s'appuyaient les convives étaient de même étoffe ; c'était surtout dans les lits de table que les anciens étalaient leur magnificence ; ils en avaient pour toutes les saisons. Chez les personnes riches, on tendait des dais au-dessus des lits, pour empêcher que la poussière du plancher ne tombât sur la table. Les Romains ne mettaient ordinairement que trois lits autour d'une table : un au milieu, et les autres à chaque bout ; un côté de la table restant vide pour le service. Il n'y avait guère de place sur les plus grands lits que pour quatre personnes.
Les dames romaines, retenues par la sévérité de mœurs qui régna longtemps chez elles, ne commencèrent à se coucher sur les lits de table, à la manière des hommes, que vers le temps des premiers Césars : jusqu'à cette époque, elles s'y étaient tenues assises. Les jeunes gens qui n'étaient point encore parvenus à l'âge de porter la robe virile, continuèrent à observer l'ancienne discipline, alors même que les femmes en étaient affranchies ; et jamais, dit Suétone, les jeunes Césars Caïus et Lucius ne mangèrent à la table d'Auguste qu'ils ne fussent assis in imo loco, au bas bout.


Le lit nuptial

Ce lit était dressé, chez les Romains, par la nouvelle mariée dans la salle située à l'entrée de la maison, et décorée des portraits des ancêtres de l'époux. On avait le plus grand respect pour le lit nuptial ; on le gardait toujours pendant la vie de la femme pour laquelle il avait été dressé ; et si le mari se remariait, il devait en faire tendre un autre.


Le lit de travail

On nommait ainsi autrefois des espèces de lits ou de chaises faites exprès, dont se servaient les matrones ou sages-femmes pour aider les femmes dans le travail de l'enfantement. Laurent Joubert en donne la description dans ses Erreurs populaires, 1587 : « Il y a des dames et des demoiselles qui usent de licts qu'on nomme de travail, parce qu'on les emploie seulement quand elles sont au travail de l'enfant. Ce ne sont pas proprement des licts à se coucher, ains (mais) chaires ouvertes par-devant qui ont des bras et des pieds faits à propos pour y attacher les bras, cuisses et jambes de la femme, avec des liens mols et larges : mais tant fermes et asseurez (sans les blesser aucunement) qu'elles ne se peuvent bouger en façon que ce soit, hors mis le cropion. »
En 1817, M. Daujon a présenté un lit pour les femmes en couches. Ce lit, de son invention, est décrit dans le bulletin de la société d'encouragement, 1817.


Le lit de justice

Anciennement, lorsque les parlements ou assemblées de la nation se tenaient en pleine campagne, le roi y siégeait sur un trône d'or ; mais depuis que le parlement a tenu ses séances dans l'intérieur d'un palais, on a substitué à ce trône d'or un dais et des coussins ; et comme, dans l'ancien langage, un siège couvert d'un dais se nommait lit, on a appelé lit de justice le trône où le roi siégeait au parlement.
On appelait aussi lit de justice une séance solennelle du roi au parlement, pour y délibérer sur les affaires importantes de l'état. Les lits de justice ont succédé à ces anciennes assemblées générales qui se tenaient autrefois au mois de mars, puis au mois de mai, et que l'on nommait champ de mars ou champ de mai.
M. Talon, dans un discours qu'il fit en un lit de justice tenu en 1649, dit que ces séances n'avaient commencé qu'en 1369, lorsqu'il fut question d'y faire le procès à Edouard, prince de Galles, fils du roi d'Angleterre ; que ces séances étaient alors désirées des peuples, parce que les rois n'y venaient que pour délibérer avec leur parlement sur quelques affaires qui intéressaient l'état. Néanmoins il est déjà parlé du lit de justice du roi dans une ordonnance de Philippe-le-Long, du 17 novembre 1318.

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