Accueil > Les origines commençant par R > L'origine de rime

L'origine de Rime


La rime est le retour de sons égaux ou équivalents à la fin de deux ou d'un plus grand nombre de vers qui correspondent entre eux.


Une origine indéterminée

Dans l'original, le Cantique des cantiques de Salomon est écrit en vers ; les vers en sont rimés, ce qui suffirait, dit M. Denne Baron, pour prouver, l'ancienneté de la rime, qui, selon toute apparence, prit naissance chez les Orientaux. Si l'on en croit Laharpe {Cours de littérature), les troubadours, qui furent nos premiers poètes, empruntèrent la rime des Arabes, qui passèrent d'Afrique dans le midi de l'Europe, dans le VIIIe siècle. La Frenaie Vauquelin semble partager cette opinion.
Jean le Maire de Belges fait remonter beaucoup plus haut cette invention, puisqu'il l'attribue à Bardus V, roi des Gaules, le même qui introduisit une secte de poètes qui de ce nom furent appelés bardes.
Quoi qu'il en soit de cette ancienneté, la rime semble si essentielle à notre poésie, que sans le retour des mêmes sons, cette dernière ne serait pas distinguée de la prose, vérité confirmée par l'expérience, puisque, malgré la monotonie que la rime cause quelquefois, les vers que nous nommons vers blancs n'ont jamais été accueillis favorablement dans notre langue.


L'apparition de la rime en France

Le monument le plus ancien de littérature où l'on trouve, chez les Francs, le premier vestige de la rime est le livre des Évangiles en vers rimes, par Otfride. Or Otfride, moine bénédictin de l'abbaye de Veissembourg, en basse Alsace, paraît avoir vécu vers le IXe siècle. L'Évangile qu'il a écrit en langue francique a été composé vers l'an 870.
Les troubadours n'ont donc pas inventé l'art de rimer. Il existait avant eux ; mais on doit leur attribuer la gloire d'avoir les premiers fait sentir a l'oreille le véritable agrément de la rime. Jusqu'à eux elle était indifféremment placée au commencement, au repos, et à la fin du vers ; ils la fixèrent où elle est maintenant, et il ne fut plus permis de la changer.
Laharpe pense que quoique la rime soit beaucoup moins favorable à la poésie que le vers métrique des Grecs et des anciens, elle paraît absolument essentielle à la versification de nos langues modernes, si éloignées de la prosodie presque musicale des anciens. Voltaire a raison de dire :

La rime est nécessaire a nos jargons nouveaux,
Enfants demi-polis des Normands et des Goths.

« Il est vrai, dit-il, que la rime ajoute un mortel ennui aux vers médiocres. Le poète alors est un mauvais mécanicien qui fait entendre le bruit choquant de ses poulies et de ses cordes ; ses lecteurs éprouvent la même fatigue qu'il a ressentie en rimant ; ses vers ne sont qu'un vrai tintement de syllabes fastidieuses. Mais s'il pense heureusement et s'il rime de même, il éprouve et donne un grand plaisir, qui n'est goûté que par les hommes sensibles et par les oreilles harmonieuses. »


La rime dans l'antiquité gréco-romaine

Rime, en langue grecque, signifie mesure. Les médecins et les musiciens se servaient de ce mot pour signifier le battement du pouls, l'élévation ou l'abaissement de la voix. Les maîtres des chœurs de la tragédie grecque s'étaient fait un art de se conformer aux différentes passions qu'on représentait : les mouvements impétueux qu'excitaient la colère et la rage étaient accompagnés d'une symphonie précipitée, ainsi du reste ; et l'espace de temps qui s'écoulait tant qu'on chantait sur un même ton s'appelait rime. Les Romains appelèrent ainsi les cadences qu'ils affectaient de rechercher à la fin de leurs périodes, parce qu'elles tombaient presque toujours sous une même mesure ; et, à leur exemple, les troubadours donnèrent aussi ce nom aux unisones de leurs vers.


Les rimes croisées

Ce fut, dit Mervesin (Histoire de la poésie française), du temps de Blanche de Castille, mère de saint Louis, que l'on commença à entrelacer les rimes masculines et féminines, qu'on appela croisées. Mais Malherbe est le premier de nos poètes qui, sensible à l'harmonie de notre langue poétique, croisa les rimes masculines et féminines d'après certaines lois qui subsistent encore aujourd'hui.
Au IVe siècle, saint Ambroise introduisit la rime dans la poésie latine. Saint Thomas d'Aquin s'imposa la même entrave, vers 1257, lorsqu'il composa la belle prose Lauda, Sion, et l'hymne Adoro te

Qu'est-ce donc que la rime ? une chaîne légère.
Que s'impose l'esprit, que l'école exagère ;
Un charme à la mesure ajoute savamment,
Mais qui ne doit gêner l'art ni le sentiment,
Qui, juste sans effort, élégant sans emphase,
Soumis à la pensée, et soumettant la phrase,
De la mode et du temps a pu subir les lois,
Dont il faut reconnaître et soutenir les droit.
Mais dont le fol excès, dans sa monotonie,
Serait le désespoir et la mort du génie.

(Poésie de la princesse Constance de Salin)

Autres origines :