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L'origine de Sacre


L'histoire de Saül, sacré par Samuel, nous offre le premier exemple de l'onction des rois. Cet usage a été dans la suite adopté par les peuples catholiques. Ce n'est pas que quelques cérémonies n'aient, chez tous les peuples anciens, été observées à l'avènement des nouveaux princes ; mais ces couronnements ou inaugurations, quoique produisant le même effet, qui est de faire reconnaître l'autorité du souverain, diffèrent par la forme de ce que nous appelons sacre. Nous nous bornerons donc à ce qui regarde ce dernier mot.


L'inauguration des rois de France

L'inauguration des premiers rois de France était fort simple : elle consistait à élever le nouveau roi sur un pavois, et à le porter sur les épaules trois fois autour du camp. Cette coutume a été suivie par la première race, malgré les prétentions de l'église de Reims par rapport au sacre de Clovis, le premier de nos rois qui ait embrassé le christianisme ; car aucun auteur contemporain ne parle de ce sacre.
Pépin-le-Bref, second fils de Charles-Martel, monta sur le trône en 751, et fut le premier des rois de France qui ait employé les cérémonies de l'église à son couronnement. Il se fit donc sacrer, dans la cathédrale de Soissons, par Boniface, légat du pape et archevêque de Mayence. En 754, le pape Etienne, successeur de Zacharie, étant venu à Paris, Pépin voulut être sacré une seconde fois de sa main, ce qui fit prétendre par la suite que les rois de France ne pouvaient être sacrés que par les papes, quoique les rois de la troisième race n'eussent été sacres que par les archevêques de Reims.
Le premier sacre de nos rois de la troisième race dont nous ayons un acte authentique est celui de Philippe Ier, fils de Henri, en 1059. Les légats du pape assistèrent à Reims à son couronnement, et donnèrent leur suffrage, ce qui leur fut accordé par honneur, le consentement du pape n'étant pas nécessaire, ainsi que le porte expressément l'acte du couronnement.
L'église cathédrale de Reims est le lieu destiné pour le sacre des rois de France ; cependant, excepté Louis-le-Bègue, les rois de la seconde race n'y ont pas été sacrés ; et Henri IV fut sacré à Chartres, parce que les ligueurs étaient maîtres de Reims.
Le cérémonial observé au sacre du roi Pépin subsista sans changement considérable jusqu'à celui de Philippe-Auguste, en 1173. Ce fut alors que Louis-le-Jeune le fixa, prescrivit l'ordre qu'on doit y garder, et assigna les fonctions des douze pairs de France.


Le sacre de Louis XVI

Le récit du sacre de Louis XVI est curieux pour la génération nouvelle, parce qu'on y retrouve tous les usages de l'ancienne monarchie. Nous allons en donner les détails extraits d'un, ouvrage publié, en 1791, sous le titre de Correspondance secrète de la cour de Louis XVI.
« Tout étant disposé pour donner à la cérémonie du sacre l'éclat et la pompe convenables, le dimanche 11 juin 1774, dès les six heures du matin, les chanoines, tous en chape, arrivèrent dans le chœur, se placèrent dans les hautes stalles, et furent bientôt suivis de l'archevêque de Reims, des cardinaux et prélats invités, des ministres, des maréchaux de France, des conseillers d'état et des députés des différentes compagnies. Chacun prit sans confusion la place qui lui avait été marquée.
Vers les six heures et demie, les pairs laïques arrivèrent du palais archiépiscopal. Monsieur représentait le duc de Bourgogne, M. le comte d'Artois celui de Normandie, et le duc d'Orléans celui d'Aquitaine. Le reste des anciens pairs de France, les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne, furent représentés par le duc de Chartres, le prince de Condé et le duc de Bourbon, qui portaient les couronnes de comte.
Les pairs ecclésiastiques, pendant toute la cérémonie, restèrent en chape et en mitre.
Sur les sept heures, l'évêque duc de Laon et l'évêque comte de Beauvais partirent en procession pour aller chercher le roi. Ces deux prélats, vêtus de leurs habits pontificaux, et ayant des reliquaires pendus à leur cou, étaient précédés de tous les chanoines de l'église de Reims, entre lesquels était la musique. Le chantre et le sous-chantre marchaient après le clergé, et devant le marquis de Dreux, grand-maître des cérémonies, qui précédait immédiatement les évêques duc de Laon et comte de Beauvais ; ils passèrent par une galerie couverte, et arrivèrent à la porte du roi, qu'ils trouvèrent fermée, suivant un usage qui remonte aux temps les plus anciens. Le chantre y frappe de son bâton ; aussitôt le grand-chambellan, sans ouvrir, lui dit : Que demandez-vous ?Nous demandons le roi, répond le principal pair ecclésiastique. — Le roi dort, réplique le grand-chambellan. Alors le grand-chantre recommence à frapper, et l'évêque continue à demander le roi, et la même réponse est donnée. Enfin, à la troisième fois, le chantre ayant encore frappé, et le grand-chambellan répété que le roi dort, le pair ecclésiastique qui a déjà porté la parole dit ces mots, qui lèvent tout obstacle : Nous demandons Louis XVI, que Dieu nous a donné pour roi. Aussitôt les portes de la chambre s'ouvrent, et une autre scène commence. Le grand-maître des cérémonies conduit les évêques auprès de sa majesté, couchée sur un lit de parade ; ils la saluent très profondément. Le monarque est revêtu d'une longue camisole cramoisie, garnie de galons d'or, et ouverte, ainsi que la chemise, aux endroits où si majesté doit recevoir les onctions. Par-dessus cette camisole, le roi a une longue robe d'étoffe d'argent, et sur la tête une toque de velours noir garnie d'un cordon de diamants, d'une plume et d'une double aigrette blanche. Le pair ecclésiastique présente l'eau bénite au roi, et dit l'oraison suivante : « Dieu tout-puissant et éternel, qui avez élevé à la royauté votre serviteur Louis, accordez-lui de procurer le bien de ses sujets dans le cours de son règne, et de ne jamais s'écarter des sentiers de la justice et de la vérité. » Cette oraison achevée, les deux évêques prirent sa majesté, l'un par le bras droit, l'autre par le bras gauche, et, l'ayant soulevée de dessus son lit, ils la conduisirent processionnellement à l'église, par la galerie couverte, et dans le plus pompeux cortège, en chantant de certaines prières.
Le roi étant arrivé vers les sept heures à l'église, et tout le monde ayant pris place, la sainte ampoule ne tarda pas à arriver à la principale porte ; elle avait été apportée de l'abbaye de Saint-Rémi par le grand-prieur en chape d'étoffe d'or, et monté sur un cheval blanc de l'écurie du roi, couvert d'une housse d'étoffe d'argent richement brodée, et conduit par les rênes, tenues par deux maîtres-palefreniers de la grande écurie. Le grand-prieur était sous un dais de pareille étoffe, porté par quatre barons, dits chevaliers de la sainte ampoule, vêtus de satin blanc, d'un manteau de soie noire, et d'une écharpe de velours blanc, garnie de franges d'argent, dont sa majesté les avait honorés et gratifiés ; ils portaient la croix de chevaliers passée au cou, et attachée à un ruban noir. Aux quatre coins du dais on voyait à cheval les seigneurs nommés par le roi pour otages de la sainte ampoule, et qui étaient précédés chacun de leur écuyer portant un guidon chargé, d'un côté, des armes de France et de Navarre, et, de l'autre, de celles de leurs maisons. Les otages ayant prêté serment sur le livre des Évangiles, et juré entre les mains du prieur, en présence des officiers du bailliage de l'abbaye, qu'il ne serait fait aucun tort à la sainte ampoule, pour la conservation de laquelle ils s'engagèrent à exposer leur vie ; s'étaient en même temps constitués pleiges (cautions solidaires), et avaient déclaré qu'ils demeureraient en otage jusqu'au retour de la sainte ampoule. Par une suite de ce qui se pratique en pareilles circonstances, ils requirent néanmoins qu'il leur fût permis de l'accompagner, et pour grande sûreté et conservation d'icelle, sous le même cautionnement, ce qu'on leur avait accordé. Toutes ces formalités sont si superflues qu'elles devenaient ridicules.
L'archevêque de Reims, ayant été averti par le maître des cérémonies de l'arrivée de la sainte ampoule, alla aussitôt la recevoir à la porte de l'église ; en la remettant entre ses mains, le grand-prieur, suivant l'usage, lui adressa ces paroles : « Je vous confie, monseigneur, ce précieux trésor envoyé du ciel au grand saint Rémi pour le sacre de Clovis et des rois ses successeurs ; mais je vous supplie, selon l'ancienne coutume, de vous obliger de me la remettre entre les mains après le sacre de notre roi Louis XVI. » L'archevêque, conformément à la coutume, fait le serment exigé conçu en ces termes : « Je reçois avec respect cette sainte ampoule, et vous promets, foi de prélat, de la remettre entre vos mains, la cérémonie du sacre achevée. » En disant ces mots, le cardinal de La Roche-Aymon prit la fiole, rentra dans le chœur, et la déposa sur l'autel. Quelques instants après il s'approcha du roi, dont il reçut le serment appelé de protection, pour toutes les églises sujettes de la couronne : promesse que sa majesté fit assise et couverte. « Je promets, dit le roi, d'empêcher les personnes de tout rang de commettre des rapines et des iniquités, de quelque nature qu'elles soient. Je jure de m'appliquer sincèrement, et de tout mon pouvoir, à exterminer de toutes les terres soumises à ma domination les hérétiques nommément condamnés par l'église. »
Après cette formule de serment, deux pairs ecclésiastiques présentent le roi à l'assemblée, et lui demandent si elle agrée Louis XVI pour roi de France. Un silence respectueux, disent les livres qui contiennent les détails de cette cérémonie, annonça le consentement général.
L'archevêque de Reims présenta au roi le livre des Évangile, sur lequel sa majesté posant les mains fil serment de maintenir et conserver les ordres du Saint-Esprit et de Suint-Louis, et de porter toujours la croix de ce dernier ordre attachée à un ruban de soie couleur de feu ; de faire observer l'édit contre les duels, sans avoir jamais aucun égard aux représentations des princes ou seigneurs qui pourraient intercéder en faveur des coupables.
Lorsque le roi eut reçu, pour la seconde fois, l'épée de Charlemagne, il la déposa entre les mains du maréchal de Clermont-Tonnerre, faisant les fonctions de connétable, qui la tint la pointe levée pendant la cérémonie du sacre et du couronnement, ainsi qu'au festin royal. Pendant que le roi recevait et remettait cette épée de Charlemagne, on récita plusieurs oraisons. Dans l'une on demandait à Dieu de répandre l'abondance et le bonheur sur toutes les classes de la nation pendant le règne qui s'ouvrait en ce moment.
Quand ces prières furent finies, le prélat officiant ouvrit la sainte ampoule, en fit tomber un peu d'huile, qu'il délaya avec l'huile bénite appelée saint chrême. Le roi se prosterna devant l'autel sur un grand carreau de velours violet semé de fleurs de lis d'or, ayant le vieil archevêque, duc de Reims, aussi prosterné à sa droite, et resta dans cette humble posture jusqu'à la fin des litanies chantées par quatre évêques alternativement avec le chœur.
A la fin des litanies, l'archevêque de Reims se plaça sur son fauteuil, et le roi s'étant allé mettre à genoux devant lui reçut les onctions sur le sommet de la tête, sur la poitrine, entre les épaules, sur l'épaule droite, sur la gauche, à la jointure du bras droit, à celle du bras gauche ; dans le même temps ce prélat récitait quelques oraisons dont voici la substance : « Qu'il réprime les orgueilleux ; qu'il soit une leçon pour les riches ; qu'il soit charitable envers les pauvres, et le pacificateur des nations. » Un peu plus bas on remarque, parmi ces oraisons, les paroles suivantes : « Qu'il n'abandonne point ses droits sur les royaumes des Saxons, des Merciens, des peuples du Nord et des Cimbres. » Un auteur anonyme dit que par les Cimbres on entend le royaume d'Angleterre, sur lequel nos rois se réservent expressément leurs droits incontestables, depuis Louis VIII, auquel il fut déféré par la libre élection du peuple, qui avait chassé Jean sans-Terre.
Après les sept onctions, l'archevêque de Reims, aidé des évêques de Laon et de Beauvais, referma avec des lacets d'or les ouvertures de la chemise et de la camisole du roi, qui, s'étant levé, fut revêtu par le grand-chambellan de la tunique, de la dalmatique, et du manteau royal fourré et bordé d'hermine : ces vêtements sont de velours violet, semés de fleurs de lis et de broderies d'or, et représentent les habits de sous-diacre, de diacre et de prêtre ; symbole par lequel le clergé cherche sans doute à prouver qu'il est uni à la puissance royale. Le roi se remit ensuite à genoux devant l'archevêque officiant, qui lui fit la huitième onction sur la paume de la main droite, et la neuvième et dernière sur celle de la main gauche ; puis il mit un anneau au quatrième doigt de la main droite, comme signe représentatif de la toute-puissance, et de l'union intime qui régnera désormais entre le roi et son peuple. L'archevêque prit alors sur l'autel le sceptre royal, et le mit dans la main droite du roi, et ensuite la main de justice, qu'il mit dans la main gauche. Le sceptre est d'or émaillé, garni de perles orientales ; il peut avoir six pieds de haut. Charlemagne y est représenté en relief, le globe en main, assis sur une chaise ornée de deux lions et de deux aigles. La main de justice est un bâton d'or massif, haut seulement d'un pied et demi, garni de rubis et de perles, et terminé par une main d'ivoire, ou plutôt de corne de licorne ; il y a de distance en distance trois cercles à feuillage tout brillants de perles, de grenats et d'autres pierres précieuses.
Voici cependant un moment où le clergé cesse de s'attribuer le droit de conférer au roi la toute-puissance. M. le garde des sceaux de France, faisant les fonctions de chancelier, monta à l'autel, et s'étant placé du côté de l'Évangile, le visage tourné vers le chœur, il appela les pairs pour le couronnement, de la manière suivante : « Monsieur, qui représentez le duc de Bourgogne, présentez-vous à cet acte, etc., etc. » Les pairs s'étant approchés du roi, l'archevêque de Reims prit sur l'autel la couronne de Charlemagne, apportée de Saint-Denis, et la posa sur la tête du roi. Aussitôt les pairs ecclésiastiques et laïques y portèrent la main pour la soutenir : allégorie vraiment noble et expressive, mais qui serait bien plus juste si des délégués du peuple soutenaient aussi cette couronne, par le même esprit allégorique. On emploie, dans l'une des oraisons récitées en cet instant, une expression orientale qui a beaucoup d'énergie: « Que le roi, dit-on, ait la force du rhinocéros, et qu'il chasse devant lui, comme un vent impétueux, les nations ennemies jusqu'aux extrémités de la terre. » La couronne de Charlemagne, qui se conserve dans le trésor de l'abbaye de Saint-Denis, est d'or, et enrichie de rubis et de saphirs ; elle est doublée d'un bonnet de satin cramoisi brodé en or, et surmontée d'une fleur de lis d'or, couverte de trente-six perles orientales.
Après toutes ces cérémonies, l'archevêque duc de Reims prit le roi par le bras droit, et suivi des pairs et de tous les grands officiers de la couronne, il le conduisit au trône élevé sur le jubé, où il le fit asseoir, en récitant les prières de l'intronisation, dans la première desquelles il est dit : « Comme vous voyez le clergé plus près des saints autels que le reste des fidèles, aussi vous devez avoir attention à le maintenir dans la place la plus honorable. » En achevant les oraisons prescrites pour la circonstance, le prélat quitta sa mitre, fît une profonde révérence au roi, le baisa, en disant : Vivat rex in œternum ! Les autres pairs ecclésiastiques et laïques baisèrent aussi sa majesté, l'un après l'autre ; et, dès qu'ils furent remis à leurs places, on ouvrit les portes de l'église. Le peuple y entra en foule, et dans l'instant fit retentir les voûtes des exclamations de vive le roi ! que répéta en écho la multitude des assistants, dont toute l'enceinte du chœur était remplie en amphithéâtre. Tandis que tout retentissait des cris de joie, les oiseleurs, selon un usage très ancien, lâchèrent dans l'église une grande quantité d'oiseaux, qui, par le recouvrement de leur liberté, signifiaient l'effusion des grâces du monarque sur le peuple, et que jamais les hommes ne sont plus véritablement libres que sous le règne d'un prince éclairé, juste et bienfaisant. »


Le sacre des reines

Du Tillet nous apprend que les rois mariés, à leur avènement au trône, et les reines recevaient en même temps la couronne et l'onction royale à Reims. On se servait pour elles non de la sainte ampoule, mais d'un chrême différent. Anciennement les reines étaient ointes au front, sur les épaules et à la poitrine ; pour cet effet, elles portaient, le jour de leur sacre, une tunique et une chemise fendues des deux côtés. Les princesses qui n'épousaient les rois qu'après leur couronnement n'étaient point couronnées à Reims, mais dans d'autres églises, comme à Orléans, Sens, Paris, Saint-Denis, etc., mais plus ordinairement à Saint-Denis. Anne de Bretagne, Marie d'Angleterre, Éléonore d'Autriche et Marie de Médicis y ont été sacrées. Cet usage, qui depuis Marie de Médicis n'avait plus été observé en France, avait été rétabli par Napoléon ; ainsi, le même jour qu'il fut sacré, l'impératrice Joséphine le fut également par le pape Pie VII ; et son époux la couronna, comme il s'était couronné lui-même.

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