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L'origine de Greffe


Rejeton d'arbre qu'on ente sur un autre ; on entend aussi par le mot greffe l'opération même de greffer, ou le produit de cette opération ; et c'est dans ce dernier sens que l'on a dit que la greffe était le triomphe de l'art sur la nature.


Une origine indéterminée

En parlant de la greffe, Goguet dit que cette découverte peut être mise hardiment au rang de celles qui sont entièrement dues au hasard. Mais quel a été ce hasard ? C'est sur quoi on ne peut former que des conjectures plus ou moins vraisemblables.
Le vent, ajoute-t-il (De l'origine des lois, des arts, etc.), ou quelque autre hasard aura fait frotter les branches de deux arbres fruitiers assez fortement l'une coutre l'autre pour pouvoir s'écorcher et se réunir ensuite. L'écorce rompue aura donné lieu à la sève de s'introduire réciproquement dans les pores de ces arbres. Cet accident leur aura fait porter des fruits plus beaux et meilleurs que ceux qu'ils avaient accoutumé de produire. On aura examiné l'état des arbres qui les produisaient : on aura remarqué qu'ils étaient réunis par quelque branche à un arbre voisin ; on aura conséquemment attribué l'excellence de leurs fruits à cette réunion. Il est probable que dès lors on aura tâché d'imiter cette opération de la nature, et de suivre les indications qu'elle-même avait données. A force d'essais, de tentatives et de réflexions, on sera parvenu à trouver les différentes manières de greffer qu'on sait avoir été en usage chez les anciens.
L'opinion de Pline sur cette découverte semble confirmer la conjecture de Goguet. Un laboureur, dit-il, voulant faire une palissade à sa terre, afin que la palissade durât plus longtemps, s'avisa de coucher en terre, tout autour de ce champ, des troncs de lierre, pour y enchâsser l'extrémité inférieure des pieux de sa palissade. Il le fit, et ces pieux s'étant greffés dans ces troncs, devinrent de grands arbres ; et c'est de cette même manière que fut trouvé l'art de greffer.
Théophraste rapporte d'une manière différente l'origine de la greffe : il dit qu'un oiseau ayant avalé un fruit entier, le jeta ensuite dans le tronc d'un arbre creux, où, mêlé avec quelques parties de l'arbre qui étaient pourries et arrosées par les pluies, il germa et produisit dans cet arbre un autre arbre d'une espèce différente. Des réflexions que cela fit faire naquit, selon lui, l'art de greffer.
On ne peut déterminer l'époque précise de l'origine de la greffe. Le doute cependant serait bientôt résolu, si l'on voulait s'en rapporter au témoignage de Macrobe. Cet auteur avance que Saturne avait montré aux habitants du Latium l'art de greffer les arbres. Ce fait paraît peu vraisemblable. On le croit d'autant moins autorisé, que du temps d'Homère et d'Hésiode, il ne paraît point que les Grecs eussent encore connaissance de la greffe et des opérations qui y ont rapport.


Les différentes sortes de greffes

Outre la greffe en fente, qui est la plus ancienne, nous en avons plusieurs autres, telles que la greffe en couronne, la greffe à emporte-pièce, la greffe en flûte, la greffe en approche et la greffe en écusson. C'est au XVIe siècle que l'on commença à greffer en flûte. Porta en parle comme d'une invention récente, dont cependant il ne nomme pas l'auteur. Mizauld, qui a écrit sur la greffe, dit avoir vu un arbre qui portait simultanément des pommes, des noix, des raisins et des fleurs. On mettait alors, dit M. Grégoire, de l'importance à la production de ces monstruosités vraies ou fabuleuses.

La greffe unit son art aux dons de la nature :
Art sublime, art fécond, dont les secrets divers
Remontent au berceau de l'antique univers.
Mais comment de la greffe expliquer le mystère ?
Comment l'arbre, adoptant une plante étrangère,
Peut-il, fertilisé par ces heureux liens,
Former des fleurs, des fruits qui ne sont pas les siens?

Ainsi par une plante une plante adoptée
Élabore les sucs de sa sève empruntée ;
Et de ces aliments qu'elle a reçus d'autrui.
L'arbre nouveau n'admet que les sucs faits pour lui.
Soit donc que d'un rameau la blessure féconde
Reçoive un plant choisi dans sa fente profonde ;
Soit que le sauvageon que l'art veut corriger,
Dans ses bourgeons admette un bourgeon étranger,
Ce dédale savant de vaisseaux innombrables
N'admet ou ne retient que des sucs favorables.
L'arbre adopté s'élève ; il se couvre de fruits
Que le tronc paternel n'aurait jamais produits ;
Et l'arbre hospitalier, où la greffe prospère,
De ces enfants nouveaux s'étonne d'être père.

(Delille, Les trois règnes de la nature)

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