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L'origine de Miroir


La nature a fourni aux hommes les premiers miroirs. Le cristal des eaux servit leur amour propre ; et c'est sur cette idée qu'ils ont cherché les moyens de multiplier leur image.


Les miroirs de métal

Les premiers miroirs artificiels furent de métal. L'usage en était établi chez les Égyptiens dès la plus haute antiquité. On ne peut pas en douter, dit Goguet, lorsqu'un voit à quel point ils étaient communs parmi les Hébreux dans le désert. Moïse dit qu'on fit le bassin d'airain destiné aux ablutions, des miroirs offerts par les femmes qui veillaient à la porte du tabernacle. Cette quantité, ajoute l'auteur cité, ne pouvait venir que de l'Egypte. Remarquons que les miroirs n'étaient pas alors de verre, soit qu'on ignorât l'art de faire les glaces, ou au moins le secret de les clamer. On faisait des miroirs de toutes sortes de métaux. Ceux des Égyptiennes, comme nous l'apprenons du passage qu'on vient décrier, étaient d'airain fondu et poli.
Outre l'airain, on y employa aussi l'étain et le fer bruni ; on en fabriqua depuis qui étaient un mélange d'airain et d'étain. Ceux qu'on fit à Brindes passèrent longtemps pour les meilleurs de cette dernière espèce ; mais on donna ensuite la préférence aux miroirs d'argent dont Pasitèles, contemporain du grand Pompée, fut l'inventeur. Plusieurs poètes, et même de graves jurisconsultes, s'accordent à donner aux miroirs une place importante dans la toilette des femmes chez les anciens peuples. Cependant Homère ne parle pas de ce meuble dans la belle description qu'il fait de celle de Junon, où il a pris plaisir à rassembler tout ce qui contribuait à la parure la plus recherchée.


Les miroirs en verre

Le métal, comme nous l'avons dit, fut longtemps la seule matière employée pour la fabrication des miroirs ; il est cependant incontestable que le verre fut connu dans la plus haute antiquité, et il est d'autant plus étonnant que les anciens aient ignoré l'art de rendre cette matière propre à la représentation des objets, en appliquant l'étain derrière les glaces, que les progrès dans l'art de la verrerie furent chez eux poussés fort loin. Il n'est pas moins surprenant que les anciens, qui connaissaient l'usage du cristal, plus propre encore que le verre à être employé dans la fabrication des miroirs, ne s'en soient pas servis pour cet objet.
On ignore le temps où les anciens commencèrent à faire des miroirs de verre ; on sait seulement que ce fut des verreries de Sidon que sortirent les premiers miroirs de cette matière. Les anciens avaient encore connu une sorte de miroir, qui était d'un verre appelé par Pline verre obsidien, du nom d'Obsidius, qui l'avait découvert eu Ethiopie ; mais on ne peut lui donner qu'improprement le nom de verre : la matière qu'on y employait était noire comme le jayet, et ne rendait que des images très imparfaites. Il ne faut pas, dit M. Chevalier, de qui nous empruntons une partie de cet article, confondre les miroirs des anciens avec la pierre spéculaire. Cette pierre, à qui l'on ne donnait ce nom qu'à cause de sa transparence, était employée à tout autre usage.
L'invention des miroirs de glace soufflés doit avoir précédé de beaucoup le XIIIe siècle, puisque les auteurs allemands de ce temps là en parlent comme d'une chose très commune. Conrad de Wurtzbourg dit même qu'on les fabriquait de cendres. C'est donc à tort que les Vénitiens prétendent qu'eux seuls, au XIIIe siècle, avaient possédé ce secret. Ce n'est que dans ce XIIIe siècle que Beckmann trouve la première mention des miroirs étamés. John Peckham, moine franciscain anglais, qui enseigna à Oxford, à Paris et à Rome, écrivit en 1272 un traité d'optique. L'auteur y parle de miroirs de verre doublés de plomb, et observe que ces miroirs ne réfléchissaient pas lorsqu'on enlevait le plomb.


Le miroir de poche

En France, les femmes ont porté longtemps un miroir de poche, accroché à la ceinture, comme depuis elles y ont porté une montre. Le cadre en était aussi d'or, de forme ovale, et large au plus comme la paume de la main. Ce miroir servait dans l'occasion à rajuster la coiffure ou les cheveux, ou même, si l'on veut, à pincer une mouche. Cette mode paraît avoir été abandonnée vers le milieu du XVIIe siècle.


Le miroir ardent

C'est à Archimède qu'on attribue l'invention des miroirs ardents, dont il se servit si heureusement pour brûler la flotte des Romains qui assiégeaient Syracuse. On lira, sans doute, avec intérêt la description que nous a laissée Tzetzès de ce miroir ardent d'Archimède. « Archimède, dit Tzetzès, brûla les vaisseaux de Marcellus à l'aide d'un miroir ardent composé de petits miroirs qui se mouvaient en tous sens sur des charnières, et qui, exposés aux rayons du soleil, et dirigés vers les vaisseaux romains, les réduisirent en cendres à la portée d'un trait. » Proclus, au rapport de l'histoire, usa du même moyen au siège de Constantinople pour embraser la flotte de Vitellius.
Vers le XVIIIe siècle, Buffon a prouvé qu'on ne pouvait établir aucun doute sur les effets d'un pareil miroir, quelque surprenants qu'ils parussent, puisque celui qu'il a composé de 168 petits miroirs plans produit une chaleur assez considérable pour allumer du bois à deux cents pieds de distance, pour fondre le plomb à cent vingt et l'argent à cinquante.


Le miroir magique

C'est à Simon Pharès, astrologue du XVe siècle, qu'on attribue l'honneur d'avoir retrouvé l'usage du miroir magique, qui servait à faire connaître non seulement l'avenir, mais tout ce qui se passait en même temps dans les lieux les plus éloignés. On a prétendu que François Ier était informé à Paris, par ce secours, de tout ce qui se passait en Espagne et en Italie. Noël le Comte (ou plutôt Conti) n'a pas fait difficulté d'insérer cette chimère dans sa mythologie, et un savant dominicain, mieux instruit encore, nous a laissé jusqu'à la composition de cet admirable miroir. « La manière, dit-il, de savoir les choses absentes, sans magie, c'est de les écrire en grosses lettres sur un miroir, et de les présenter à la lune, qui les fait connaître dans un autre miroir dans lequel on la regarde. »
Divers historiens ont rapporté que Nostradamus voyait dans des miroirs talismaniques tout ce qu'il nous a révélé de l'avenir.
Nicolas Pasquier rapporte, dans une de ses lettres, que Catherine de Médicis, voulant s'instruire, par le moyen des magiciens qu'elle avait mis en crédit à la cour, quel serait son sort et celui de ses enfants, avait eu recours à leur prétendue science. L'un d'eux lui fit voir, dans un miroir magique, ses trois fils qui passaient et faisaient autant de tours qu'ils devaient régner d'années. Elle vit d'abord passer François II d'un air triste et morne, et faire un tour et demi, ce qui marquait les dix-sept mois de son règne. Charles IX parut après lui et fit quatorze tours dans la salle. Henri III en fit près de quinze, qui furent interrompus par un prince qui passa devant lui, et disparut avec la rapidité d'un éclair ; c'était, disait-on, le duc de Guise, tué aux états de Blois. Henri IV suivit enfin, et disparut après vingt-deux tours. Pasquier place la scène de cet événement au château de Chaumont, entre Blois et Amboise. On sent assez que des relations de cette nature ne méritent que du mépris.
Naudé croit trouver l'origine de ces folles imaginations dans le miroir fameux de Pythagore, sur lequel ce philosophe écrivait, dit-on, avec du sang formé de fèves bouillies et exposées à l'air pendant la nuit, des caractères qu'il présentait ensuite à la lune, où il les lisait aussi nettement que sur la glace de son miroir.

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