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L'origine de Ode



L'ode dans l'antiquité

Ce mot, qui vient du grec, signifiait chez les anciens une pièce de vers qui se chantait en accompagnant la voix de la lyre. L'ode était, dans son origine, un hymne ou cantique en l'honneur de la divinité.
Chez les Grecs, toute la poésie lyrique était accompagnée du chant, et consacrée à la louange des dieux. Si l'on en étendit l'usage jusqu'aux héros et aux athlètes, ce fut par une suite de la même corruption qui, après avoir divinisé les astres, voulut aussi déifier les hommes. Plus l'ode s'éloigna de son origine, plus elle embrassa d'objets. Pindare n'avait célébré que les dieux, les héros et les athlètes ; Alcée, les guerriers ; Sapho, les amants et la tendresse ; Anacréon ne chanta que les plaisirs de la table et ceux de l'amour. Du caractère de ce dernier poète, mêlé avec celui de Pindare, Horace, chez les Latins, s'en fit un particulier.


L'ode dans la poésie française

Dans la poésie française, l'ode est un poème lyrique divisé par strophes composées de vers de même mesure et de même nombre. Les strophes sont donc égales entre elles, et la première fixe la mesure des autres.
« Ronsard, dit Ménage {Observations sur les Poésies de Malherbe, 1666), a le premier employé ce mot en notre langue, comme il s'en vante lui-même en son épître au lecteur dans la première impression de ses Odes : Et osay le premier des nostres enrichir ma langue de ce nom Ode, comme on voit par le titre d'une, imprimée sans mon nom dans le livre de Jaques Pelletier du Mans, l'un des plus excellens poètes de notre âge : afin que nul ne s'attribue ce que la vérité commande être à moy. Pelletier confirme la même chose au chapitre du livre second de son Art poétique, où il traite de l'ode : Ce nom d'ode a été introduit de notre temps par Pierre Ronsard. Ronsard a aussi été le premier qui a mis en usage dans notre poésie ce genre de poème, comme il s'en vante aussi lui-même en la même épître... On peut ajouter que Malherbe après Ronsard, et M. de Racan après Malherbe se sont enfin élevés, en ce genre de poème, à un si haut degré de perfection, que non seulement ils ont laissé au-dessous d'eux tous leurs prédécesseurs, mais qu'encore apparemment ils ont été à leurs successeurs l'espérance de les égaler ou du moins de les surpasser. »
« C'est le génie, dit Laharpe (Cours de littérature) qui inspire le poète lyrique. Une inspiration subite et instantanée le fait courir à sa lyre, pour chanter un sujet qui frappe vivement sa pensée. »
Le style de l'ode ne doit pas toujours prétendre au sublime ; il a besoin d'être tantôt élevé, tantôt simple, mais toujours noble et soutenu. Le sublime des images, la hardiesse de l'expression, appartiennent particulièrement à ce genre de poésie.

L'ode avec plus d'éclat, et non moins d'énergie (que l'élégie),
Élevant jusqu'au ciel son vol ambitieux,
Entretient dans ses vers commerce avec les dieux.
Aux athlètes dans Pise elle ouvre la barrière,
Chante un vainqueur poudreux au bout de la carrière,
Mène Achille sanglant aux bords du Simoïs,
Ou fait fléchir l'Escaut sous le joug de Louis.
Tantôt, comme une abeille ardente à son ouvrage,
Elle s'en va de fleurs dépouiller le rivage :
Elle peint les festins, les danses et les ris ;
Vante un baiser cueilli sur les lèvres d'Iris.

Son style impétueux souvent marche au hasard ;
Chez elle un beau désordre est un effet de l'art.

(Boileau, Art poétique)


Les différentes sortes d'odes

On appelle ode pindarique celle où l'on cherche à atteindre le sublime de Pindare ; ode anacréontique celle où l'on imite la délicatesse et le tendre des odes d'Anacréon; ode bachique celle où l'on célèbre Bacchus ou le vin.
On distingue l'ode sacrée, qui s'adresse à Dieu, et que l'on nomme aussi hymne ou cantique ; l'ode héroïque, consacrée à la gloire des héros ; l'ode morale ou philosophique, où le poète chante les charmes de la vertu ou la laideur du vice ; l'ode anacréontique, qui célèbre les plaisirs.
Le caractère de l'ode, de quelque espèce qu'elle soit, ce qui la distingue de tous les autres poèmes, consiste dans le plus haut degré de pensée et de sentiment dont l'esprit et le cœur de l'homme soient capables. L'ode choisit ce qu'il y a de plus grand dans la religion, de plus surprenant dans les merveilles de la nature, de plus admirable dans les belles actions des héros, de plus aimable dans les vertus, de plus condamnable dans les vices, de plus vif dans les plaisirs de Bacchus, de plus tendre dans ceux de l'amour. Elle ne doit pas seulement plaire, étonner ; elle doit ravir et transporter.


Les odes de J.-B. Rousseau

Dans l'ode sacrée, personne ne s'est élevé à la hauteur de J.-B. Rousseau. Sublime d'idées, enthousiasme poétique, harmonie de style, noblesse d'expressions, il a tout réuni. C'est la source la plus riche où nous puissions puiser.

Ode sur la misère des réprouvés et la félicité des élus

Peuples, élevez vos concerts,
Poussez des cris de joie et des chants de victoire ;
Voici le toi de l'univers
Qui vient faire éclater son triomphe et sa gloire.

La justice et la vérité
Servent de fondement à son trône terrible :
Une profonde obscurité
Aux regards des humains le rend inaccessible

Les éclairs, les feux dévorants
Font luire devant lui leur flamme étincelante,
Et ses ennemis expirants
Tombent de toutes parts sous sa fondre brûlante.

Pleine d'horreur et de respect,
La terre a tressailli sous ses voûtes brisées :
Les monts fondus à son aspect
S'écoulent dans le sein des ombres embrasées.

De ses jugements redoutés
La trompette céleste a porté le message,
Et dans les airs épouvantés
En ces terribles mots sa voix s'ouvre un passage ;

Soyez à jamais confondus
Adorateurs impurs de profanes idoles ;
Vous qui, par des vœux défendus,
Invoquez de vos mains les ouvrages frivoles.

Ministres de mes volontés,
Anges, servez contre eux ma fureur vengeresse.
Vous, mortels, que j'ai rachetés,
Redoublez à ma voix vos concerts d'allégresse.

C'est moi qui, du plus haut des cieux,
Du monde que j'ai fait règle les destinées :
C'est moi qui brise ses faux dieux,
Misérables jouets des vents et des années.

Par ma présence raffermis,
Méprisez du méchant la haine et l'artifice :
L'ennemi de vos ennemis
A détourné sur eux les traits de leur malice.

Conduits par mes vives clartés,
Vous n'avez écouté que mes lois adorables ;
Jouissez des félicités
Qu'ont mérité pour vous mes bontés secourables.

Venez donc, venez en ce jour
Signaler de vos cœurs l'humble reconnaissance ;
Et par un respect plein d'amour
Sanctifiez en moi votre réjouissance.

(J.-B. Rousseau)

L'ode de Boileau sur la prise de Namur est un des plus beaux exemples que l'on puisse citer de l'ode héroïque ; mais la longueur de cette pièce, connue d'ailleurs de tout le monde, ne permet pas de la rapporter ici.
C'est encore J.-B. Rousseau qui nous fournirait un modèle de l'ode philosophique ou morale dans celle sur la raison, adressée au marquis de la Fare ; mais les bornes de cet ouvrage nous laissent le regret de ne pouvoir l'y reproduire.

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