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L'origine de Sabbat



Un précepte de Dieu

Nous avons pris ce mot du latin sabbathum, dérivé de l'hébreu sabbath, qui signifie cessation ou repos. Quelques auteurs prétendent que, dès le premier temps de la création, Dieu commanda aux hommes d'observer le jour du sabbat, parce qu'il est dit dans la Genèse que Dieu sanctifia le jour auquel il se reposa, et qu'il le bénit.
Mais la plupart des pères pensent que cette sanctification et cette bénédiction, dont parle Moïse, n'étaient que la destination que Dieu fit alors du septième jour pour être dans la suite sanctifié par son peuple. On ne voit pas, en effet, que les patriarches l'aient observé, ni que Dieu ait eu dessein de les y assujettir ; mais il en fit un précepte exprès et formel aux Hébreux, sous peine de mort, comme on le voit dans l'Exode : aussi l'observèrent-ils exactement comme un jour consacré particulièrement au culte de Dieu, en s'abstenant de toute œuvre servile ; on dit même qu'ils portaient le scrupule à cet égard jusqu'à penser qu'il ne leur était pas permis de se défendre ce jour-là s'ils étaient attaqués, et à se laisser égorger plutôt que de combattre. Le sabbat commençait le vendredi au soir, suivant l'usage des Juifs qui célèbrent leurs fêtes d'un soir à l'autre.


Le déroulement du Sabbat

Le sabbat commence chez eux environ une demi-heure avant le coucher du soleil. Les femmes sont obligées d'allumer dans la chambre une lampe qui a ordinairement six lumignons, au moins quatre, et qui dure une grande partie de la nuit ; de plus, elles dressent une table couverte d'une nappe blanche, et mettent dessus du pain qu'elles couvrent d'un autre linge long et étroit, en mémoire, disent-elles, de la manne qui tombait de la sorte, ayant de la rosée dessus et dessous. On va ensuite à la synagogue, où l'on récite des prières ; de retour à la maison chaque chef de famille bénit du pain et du vin, en faisant mémoire de l'institution du sabbat, puis en donne aux assistants. Le matin du sabbat, on s'assemble à la synagogue, où l'on chante des psaumes ; on lit une section du Pentateuque et une section des Prophètes ; suit un sermon ou exhortation qui se fait quelquefois l'après-dînée. Quand la nuit vient, et qu'après la prière du soir faite dans la synagogue chacun est de retour dans sa maison, on allume un flambeau ou une lampe à deux mèches ; le maître du logis prend du vin dans une tasse et quelques épiceries de bonne odeur, les bénit, puis flaire les épiceries, et jette le vin par terre en signe d'allégresse. Ainsi finit la cérémonie du sabbat.


Une assemblée des sorciers

Le sabbat est également une assemblée nocturne où l'on suppose que les sorciers se rendent. « Cette réunion, dit Garinet (Histoire de la magie en France, 1818), s'appelle le sabbat, soit que ce nom vienne de Bacchus, qui s'appelait encore Sabasius, soit à cause du samedi (en latin sabbatum), jour indiqué pour la grande assemblée. »
Voici en substance la description que Delrio donne du sabbat. Il dit que d'abord les sorciers et sorcières se frottent, d'un onguent préparé par le diable, certaines parties du corps, et surtout les aines, et qu'ensuite ils se mettent à cheval sur un bâton, une quenouille, une fourche, ou sur une chèvre, un taureau ou un chien, c'est-à-dire sur un démon qui prend la forme de ces animaux. Dans cet état ils sont transportés avec la plus grande rapidité, en un clin d'œil, à des distances très éloignées, et dans quelque lieu écarté, tel qu'une forêt ou un désert. Là, dans une place spacieuse, est allumé un grand feu, et paraît, élevé sur un trône, le démon, qui préside au sabbat sous la forme d'un bouc ou d'un chien ; on fléchit le genou devant lui, ou l'on s'en approche à reculons, en tenant à la main un flambeau de poix ; et enfin on lui rend hommage en le baisant au derrière. On commet encore pour l'honorer diverses infamies et impuretés abominables. Après ces préliminaires, on se met à table, et les sorciers s'y repaissent des viandes et des vins que leur fournit le diable, ou qu'eux-mêmes ont soin d'apporter. Ce repas est tantôt précédé et tantôt suivi de danses en rond, où l'on chante, ou plutôt l'on hurle d'une manière effroyable ; on y fait des sacrifices ; chacun y raconte les charmes qu'il a employés, les maléfices qu'il a donnés ; le diable encourage ou réprimande, selon qu'on l'a bien ou mal servi ; il distribue des poisons, donne de nouvelles commissions de nuire aux hommes. Enfin un moment arrive où toutes les lumières s'éteignent. Les sorciers et même les démons se mêlent avec les sorcières et les connaissent charnellement ; mais il y en a toujours quelques unes, et surtout les nouvelles venues, que le bouc honore de ses caresses, et avec lesquelles il a commerce. Cela fait, tous les sorciers et sorcières sont transportés dans leurs maisons de la même manière qu'ils étaient venus, ou s'en retournent à pied, si le lieu du sabbat n'est pas éloigné de leur demeure.
Ce qui a été dit jusqu'à présent de plus raisonnable sur le sabbat se trouve dans ce qu'on va lire du père Malebranche, qui explique fort nettement pourquoi tant de personnes se sont imaginé avoir assisté à ces assemblées nocturnes : « Un pâtre dans sa bergerie, dit cet auteur, raconte après souper à sa femme et à ses enfants les aventures du sabbat. Comme il est persuadé lui-même qu'il y a été, et que son imagination est modérément échauffée par les vapeurs du vin, il ne manque pas d'en parler d'une manière forte et vive. Son éloquence naturelle étant donc accompagnée de la disposition où est toute sa famille, pour entendre parler d'un sujet aussi nouveau et aussi effrayant, il n'est pas naturellement possible que des imaginations aussi faibles que le sont celles des femmes et des enfants, ne demeurent persuadées ; c'est un mari, c'est un père qui parle de ce qu'il a vu, de ce qu'il a fait : on l'aime, on le respecte, et pourquoi ne le croirait-on pas ? Ce pâtre le répète donc en différents jours. L'imagination de la mère et des enfants en reçoit peu à peu des traces plus profondes ; ils s'y accoutument, et enfin la curiosité les prend d'y aller. Ils se frottent, ils se couchent, leur imagination s'échauffe encore de cette disposition de leur cœur, et les traces que le pâtre avait formées dans leur cerveau s'ouvrent assez pour leur faire juger, dans le sommeil, comme présentes toutes les choses dont il leur avait fait la description. Ils se lèvent, ils s'entre-demandent et ils s'entre-disent ce qu'ils ont vu. Ils se fortifient de cette sorte les traces de leur vision ; et celui qui a l'imagination la plus forte, persuadant mieux les autres, ne manque pas de régler, en peu de nuits, l'histoire imaginaire du sabbat. Voilà donc des sorciers achevés que le pâtre a faits, et ils en feront un jour beaucoup d'autres, si, ayant l'imagination forte et vive, la crainte ne les retient pas de faire de pareilles histoires. » (Recherche de la vérité, tome I)

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