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L'origine de Feu



L'apprivoisement du feu

C'est une vérité généralement attestée par les traditions les plus anciennes et les plus unanimes, qu'il y a eu un temps où une grande partie du genre humain ne savait ce que c'était que le feu, on ignorait les propriétés et l'usage de cet élément. Les Égyptiens, les Phéniciens, les Perses, les Grecs, et plusieurs autres nations avouaient qu'originairement leurs ancêtres n'avaient pas l'usage du feu. Les Chinois conviennent de la même ignorance dans leurs premiers pères. Pomponius Méla, Pline, Plutarque, et plusieurs autres auteurs de l'antiquité parlent de nations qui, lorsque ces auteurs écrivaient, étaient privées de l'usage du feu.
Les habitants des îles Mariannes, découvertes en 1521, n'avaient aucune idée du feu. Jamais ils ne furent plus surpris que quand ils en virent, lors de la descente que Magellan fit dans une de leurs îles. Ils le regardèrent d'abord comme une espèce d'animal qui s'attachait au bois dont il se nourrissait. Les premiers qui s'en approchèrent de trop près s'étant brûlés, en donnèrent de la crainte aux autres, et n'osèrent plus le regarder que de loin, de peur, disaient-ils, d'en être mordus, et que ce terrible animal ne les blessât par sa violente respiration ; car c'est l'idée qu'ils se formèrent de la flamme et de la chaleur. Telle avait été aussi celle que les Grecs s'en étaient formée originairement.
La nature, cependant offrait aux premiers hommes plusieurs indications sur le feu, et plusieurs moyens d'en assurer la découverte. La foudre ne porte que trop souvent la flamme sur la terre. Les Égyptiens disaient être redevables de la connaissance du feu à un accident de cette sorte. Le feu est souvent occasionné par la fermentation de certaines matières réunies dans un même lieu, par le choc des cailloux, et par le frottement des bois. Le vent a plus d'une fois embrasé des roseaux et des forêts ; c'est à cette cause que les Phéniciens rapportaient la découverte du feu. Vitruve est du même sentiment. Les Chinois disent que Sui-Gin-Schi, un de leurs premiers souverains, enseigna la manière d'allumer du feu, en frottant fortement deux morceaux de bois et les faisant tourner l'un dans l'autre ; les Grecs avaient à peu près la même tradition. Enfin, sans parler des volcans, on trouve des feux naturels allumés flans presque tous les pays.
S'il a donc été un temps où presque tous les hommes étaient privés de l'usage du feu, ce n'est pas que cet élément ne se manifestât en bien des manières ; mais c'est qu'on ignorait l'art de s'en servir, d'en avoir à volonté, de le transporter, et de le reproduire après qu'il était éteint. Aussi tous les peuples ont-ils regardé ceux à qui ils ont cru être redevables de cette découverte, comme les inventeurs des arts, parce qu'en effet il n'y a presque aucun art qui puisse se passer du feu. Nos charlatans modernes mangent du feu, marchent sur le feu, et lavent leurs mains de plomb fondu. Leur secret ne consiste qu'en un pur esprit de soufre dont on se frotte les mains et les parties qui doivent toucher le feu, parce qu'il brûle et cautérise l'épiderme, l'endurcit aussi bien que le cuir et le fait résister au feu.


Le feu grégeois

Il fut ainsi appelé, parce que les Grecs s'en servirent les premiers. Callinique, ingénieur d'Héliopolis en Syrie, découvrit, au VIIe siècle, le feu appelé grégeois. Il se jetait quelquefois avec une espèce de mortier, ou bien avec des arbalètes à tour ; souvent dans des fioles et dans des pots ; d'autres fois, ce feu qui augmentait de force et de violence dans l'eau qui semblait lui servir d'aliment, et que l'huile pouvait seule éteindre, était lancé avec des pieux de fer aigu, enduits de poix, d'huile et d'étoupes.
Sous le règne de saint Louis, les Sarrasins se servirent avec succès de ce feu, qui causa le plus grand ravage dans l'armée des croisés. Les Français savaient le secret de l'éteindre, et ils y réussirent plusieurs fois, comme le témoigne Joinville, par le moyen de vinaigre mêlé de sable et d'urine, ou avec des cuirs d'animaux nouvellement écorchés. Le secret de ce feu se perdit ensuite jusqu'au règne de Louis XV : alors un nommé Dupré le retrouva ; mais ce prince récompensa l'inventeur, à la condition d'ensevelir dans le secret une découverte qui pouvait devenir si funeste à l'espèce humaine.
Ce feu terrible fut retrouvé au XIXe siècle par un chimiste anglais, nommé Davy. On ne fut pas d'accord sur le nom qu'on devait lui donner. Quelques chimistes le nommèrent hydrure de potasse, quelques autres, métal de potasse.
Le baron d'Aretin a découvert, dans la bibliothèque de Munich, un manuscrit latin du XIIIe siècle, contenant un traité et la recette du feu grégeois, que les savants croyaient perdue.
En 1794, J.-P. Coste, pasteur de l'église protestante française, à charles-Town, écrivit à la convention nationale pour lui faire hommage d'une nouvelle machine de guerre. C'est une carcasse d'un feu très violent que rien ne peut éteindre dès qu'il est allumé. Cette carcasse peut être lancée à plus de huit cents pas par un calibre de vingt-quatre, et plus loin par une force supérieure. Il n'est pas, suivant lui, de vaisseau de cent vingt pièces de canon qui puisse résister à une seule bordée d'une pièce de soixante-quatorze qui lancerait ce feu. Si six vaisseaux de ligne, ajoute-t-il, pouvaient attaquer toute la marine de l'Europe dans un jour, il n'en rentrerait pas un canot dans leurs ports respectifs. Cette carcasse est susceptible de beaucoup de perfection, et peut être rendue terrible aux troupes de terre, particulièrement à la cavalerie. Lancée contre une muraille, elle l'enflamme, pour une demi-heure. Sa flamme et son odeur porteraient, au milieu de la nuit, le désordre dans l'escadron le mieux organisé.
On lit, dans les papiers publics du 30 novembre 1797, qu'un sieur Chevalier a inventé une fusée incendiaire inextinguible, qui se lance avec une arme à feu, et brûle la voilure et les agrès d'un vaisseau.


Le feu d'artifice

Les feux d'artifice ne sont point une invention moderne ; les anciens les ont connus. Claudien, dans un poème composé pour célébrer le consulat de Manlius Théodore, sur la fin du IVe siècle, invite les Romains à faire éclater par des témoignages publics la joie que leur causait l'élévation de ce grand homme, et parmi les différentes fêtes qu'il les presse de donner à cette occasion, il en est une qu'il décrit ainsi : Que le théâtre mobile où est l'artifice soit d'abord rabaissé ; que, dans toute son étendue, il fasse rouler des flammes ; que le feu, serpentant légèrement de tous côtés, forme mille ondulations circulaires ; que les bois s'en trouvent investis, sans en être endommagés, la flamme les effleurant avec trop de rapidité pour leur nuire.
Les expressions de Claudien n'offrent-elles pas à l'esprit l'image juste de ce que nos feux d'artifice présentent à nos regards ? Cependant la poudre était inconnue aux anciens ; quelle était donc la matière combustible qu'ils mettaient en œuvre pour donner ces sortes de spectacles ? c'est ce que nous ignorons.


Le feu de joie

L'usage des feux de joie est de la plus haute antiquité. C'est au milieu de pareils feux que les patriarches offraient des sacrifices à la Divinité. Les Grecs allumaient en l'honneur de Minerve, de Vulcain et de Prométhée une infinité de lampes, en actions de grâces de ce que la première de ces divinités leur avait donné l'huile, que Vulcain était le premier fabricateur des lampes, et que Prométhée les avait rendues utiles par le feu qu'il avait dérobé dans le ciel.
Ovide, parlant de la fête qui se célébrait à Rome en l'honneur de la déesse Palès, remarque qu'on avait coutume de passer trois fois par-dessus les feux de paille qu'on y allumait. Dans les Lampadophores, les Grecs célébraient différents jeux à la lueur des lampes ; ces jeux étaient accompagnés de danses et de divertissements. L'appareil d'une autre fête, dédiée à Bacchus, consistait en une grande illumination nocturne, et dans une profusion de vin qu'on versait aux passants. Capitolin observe que l'illumination que donna Philippe, dans les jeux qu'il célébra à l'occasion de la solennité des jeux séculaires, fut si magnifique, que ces trois nuits n'eurent point d'obscurité.
Ce fut dans un feu de joie, au milieu de la place de Trajan, à Rome, que l'empereur Adrien annula et brûla ses créances sur les provinces. Ces créances montaient à une somme immense. La mémoire de cette belle action, qui ne périra jamais, s'est conservée dans les historiens et sur les médailles.
Quant à nos feux et à nos illuminations modernes, les Florentins et les Siennois sont ceux à qui est due, non seulement la gloire de la préparation de la poudre avec d'autres ingrédients, pour divertir de loin les yeux, mais encore celle de l'élévation des machines et des décorations propres à augmenter le plaisir du spectacle. Ils commencèrent à en donner des essais, aux fêtes de saint Jean-Baptiste et de l'Assomption, sur des édifices de bois qu'ils élevèrent à la hauteur de plus de quarante brasses, et qu'ils ornèrent de statues peintes, de la bouche et des yeux desquelles il sortait du feu.
Cet usage passa de Florence à Rome, où, à la création des papes, on fit voir d'abord des illuminations de pots-à-feu, du haut du château Saint-Ange. La pyrotechnie, depuis ce temps-là, est devenue un art cultivé dans tous les pays, qui, selon qu'on a su se servir des secours de l'architecture, de la sculpture et de la peinture, a donné lieu à un nombre infini de feux de joie et de fêtes publiques.


Le feu de la Saint-Jean

Les feux de la Saint-Jean, suivant la remarque de Court de Gébelin, ont succédé aux feux sacrés allumés à minuit, au moment du solstice, chez les Orientaux, qui figuraient, par cette flamme, le renouvellement de leur année. Ces feux de joie étaient accompagnés de vœux et de sacrifices pour la prospérité des biens de la terre. On dansait autour de ces feux ; les plus agiles sautaient par-dessus. En se retirant, chacun emportait un tison plus ou moins grand, et le reste était jeté au vent, pour qu'il dissipât tous les malheurs, comme il dissipait les cendres.
Plusieurs siècles après, lorsque le solstice ne fit plus l'ouverture de l'année, ou continua également l'usage des feux, dans le même temps, par une suite de l'habitude et des idées superstitieuses qu'on y avait attachées.
A Metz, on célébrait, avant la révolution, la fête de la Saint-Jean par un grand feu sur l'esplanade. Le bûcher était allumé au son d'une musique guerrière, par le premier magistrat de la ville, qu'on appelait le maire-échevin. La garnison, sous les armes, formait une enceinte autour du feu. Trois salves de mousqueterie se faisaient entendre pendant la cérémonie. Mais une circonstance particulière à la fête célébrée dans Metz, c'est que l'on brûlait des chats dans une cage de bois qui était placée au haut du bûcher. Cet usage a subsisté jusque vers le milieu du XVIIIe siècle, où l'épouse du maréchal d'Armentières, commandant de la ville de Metz, demanda grâce pour ces animaux. On attribue l'origine du supplice des chats à l'opinion répandue anciennement parmi le peuple que ces animaux, devenus vieux, allaient au sabbat. Il est bon d'observer à ce sujet qu'il y a peu de contrées en France où les prétendus sorciers aient été aussi communs que dans la Lorraine et le pays messin.


Le feu Saint-Antoine

Cette cruelle maladie se fit sentir en France dans les XIe et XIIe siècles ; et le pape Urbain II fonda, en 1093, les chanoines réguliers de Saint-Augustin de la congrégation de Saint-Antoine de Viennois, pour soigner ceux qui en étaient attaqués. On voyait encore, avant la révolution, dans la maison qu'ils avaient en Dauphiné, des membres desséchés de personnes mortes de cette espèce de peste.

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