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L'origine de Fer



Un métal difficile à travailler

De tous les métaux, le fer est celui qu'on a probablement connu le dernier, et le dernier aussi qu'on a su travailler. La nature a répandu le fer dans tous les climats ; il n y a cependant pas de métal plus difficile à reconnaître et à découvrir. Rien ne le décèle. La manipulation de ce métal est encore un des grands obstacles qui a dû le plus longtemps en retarder l'usage. Une seule fonte suffit pour rendre l'or et l'argent ductiles et malléables : il n'en est pas ainsi du fer ; un morceau de fer fondu sort intraitable du moule dans lequel il a été jeté, et n'est pas plus ductile qu'un caillou. Il a donc fallu, avant qu'on ait pu forger le fer, trouver l'art d'adoucir et de rendre ductile la première fonte.


Un métal connu dès l'antiquité

Cependant, si l'on en croit Goguet (De l'origine des lois, des arts, etc.), plusieurs sieurs témoignages nous autorisent à croire que quelques peuples ont possédé d'assez bonne heure le secret de travailler le fer. Il y avait une tradition chez les Égyptiens, qui portait que Vulcain leur avait appris à forger des armes de fer. Les Phéniciens mettaient aussi au nombre de leurs plus anciens héros deux frères qui passaient pour avoir trouvé le fer et la manière de le travailler. Les Crétois, au rapport de Diodore, plaçaient également la découverte et la fabrique du fer dans les temps les plus reculés de leur histoire. Les Dactyles du mont Ida prétendaient avoir appris de la mère des dieux l'art de travailler ce métal. Enfin Prométhée, dans Eschyle, se vante d'avoir enseigné aux hommes la fabrique de tous les métaux. Quelques auteurs attribuent la découverte et l'usage du fer aux Cyclopes ; d'autres aux Chalybes, peuples très anciens et très renommés pour leur habileté à travailler ce métal.
Clément d'Alexandrie prétend que le secret de rendre le fer malléable est dû aux Noropes. Le livre de Job prouve que, dès les siècles qui se sont écoulés depuis le déluge jusqu'à la mort de Jacob, on connaissait et l'on savait travailler le fer dans quelques contrées. Les livres de Moïse peuvent aussi fournir un témoignage très marqué de l'ancienneté de cette découverte dans l'Égypte et dans la Palestine. Ce législateur dit que le lit d'Og, roi de Basan, était de fer. Il compare la servitude que les Israélites éprouvèrent en Égypte à l'ardeur d'un fourneau où l'on fond ce métal ; et, ce qui est encore plus remarquable, c'est que dès lors on faisait en fer des épées, des couteaux, des cognées, et des instruments à tailler les pierres ; ce qui prouve qu'on avait trouvé l'art de convertir le fer en acier, et le secret de la trempe.


L'usage du cuivre plutôt que du fer

Les anciens, dit Goguet, s'accordent assez à placer la découverte du fer chez les Grecs, et l'art de travailler ce métal, sous le règne de Minos Ier, 1431 ans avant Jésus-Christ. Cette connaissance avait passé de Phrygie en Europe avec les Dactyles, lorsqu'ils quittèrent les environs du mont Ida, pour venir s'établir dans la Crète.
Il ne paraît pas cependant que l'art de travailler le fer ait été dès lors beaucoup répandu dans la Grèce. Il en a été originairement des Grecs comme de tous les peuples de l'antiquité ; ils ont employé le cuivre à la plupart des usages auxquels nous faisons aujourd'hui servir le fer. Du temps de la guerre de Troie, non seulement les armes, mais encore les outils et tous les instruments des arts mécaniques étaient de cuivre.
M. Savenko, docteur en médecine à Saint-Pétersbourg, a donné la description de plusieurs instruments de chirurgie, tels que des lancettes, des scalpels, et d'autres d'usage en pharmacie, qui ont été trouvés dans les fouilles de Pompéia, en 1819. Ces instruments sont en cuivre : cette découverte n'intéresse pas seulement la chirurgie, elle prouve encore que les anciens employaient le cuivre aux mêmes usages que l'acier le mieux trempé dont nous nous servons. S'il est vrai, comme des auteurs l'ont avancé, que chez les anciens le cuivre pouvait acquérir la dureté de l'acier, on peut en inférer que, à cette époque, le fer était encore peu connu, et les procédés pour le convertir en acier, tout à fait ignorés. En lisant la description qui accompagne l'image de ces instruments ; on n'est pas moins surpris de la perfection des formes, qui s'écartent peu de celles que l'on donne aujourd'hui aux instruments destinés aux mêmes usages, que du métal dont ils étaient fabriqués.


Les découvertes sur le fer ces derniers siècles

Ce ne fut que vers le XVIIIe siècle qu'on a commencé en Angleterre à employer le charbon de terre pour l'exploitation des mines de fer ; on ne se servait auparavant que de charbon de bois, dans l'opinion où l'on était que le charbon de terre nuisait à ce métal.
Le fer entre dans la composition de la plupart des corps. La chair et le sang de l'homme en contiennent une assez grande quantité. M. Menghini, savant italien, a prouvé que deux onces de la partie rouge du sang humain donnaient vingt grains d'une cendre attirable par l'aimant.


L'âge de fer

C'est ainsi que les poètes appellent les temps qui ont suivi l'âge d'or, l'âge d'argent et l'âge d'airain. C'est alors que les crimes, les guerres et les désastres ravagèrent la terre. Les hommes, occupés du soin de se tromper, de se détruire, négligèrent alors de cultiver la terre, qui leur ferma impitoyablement son sein.

Soudain parut la guerre, amante de carnage,
Qui de l'or et du fer fait un barbare usage,
La guerre entre choquant dans ses sanglantes mains
Son bouclier, son glaive et ses dards inhumains.
Chacun vit rapine : on s'égorge, on se pille.
Plus d'hospitalité, plus de nœuds de famille.
Du beau père, en secret, le gendre est l'ennemi ;
Entre les frères même on ne voit plus d'ami ;
L'époux contre l'épouse arme sa main perfide,
Et l'épouse médite une intrigue homicide.
La marâtre, fertile en noires trahisons,
De la froide ciguë exprime les poisons.
Le fils des jours d'un père accuse la durée.
La nature est sans droit ; et la divine Astrée,
D'un séjour dont le crime a chassé tous les dieux,
La dernière, en pleurant, remonte dans les cieux.

(les métamorphoses)


Le fer-blanc

C'est du fer en feuille mince, qui est recouvert d'étain. Colbert attira en France les premiers manufacturiers en fer-blanc, et ils s'établirent à Chenesey en Franche-Comté, et à Beaumont-la-Ferrière, en Nivernais ; mais bientôt divisés entre eux, faiblement protégés, et dégoûtés du pays, ils s'éloignèrent. Sur la fin de la minorité de Louis XV, il s'éleva à Strasbourg une manufacture de fer-blanc. Quatre autres manufactures semblables s'élevèrent successivement en France : la première à Massvaux en Alsace, vers l'année 1717 ; la seconde à Bain, en Lorraine, en 1733 ; la troisième à Moramberg, en Franche-Comté, à une époque plus rapprochée ; la quatrième à une lieue de Nevers, vers 1775.
En 1759, il s'est élevé, à la Charité-sur-Loire, une manufacture de fer battu blanchi.
En 1806, l'art de fabriquer le fer-blanc n'était pas aussi avancé en France, et surtout aussi répandu qu'on pouvait le désirer. Les plus beaux échantillons qui parurent à l'exposition de cette année avaient été envoyés par le département de l'Ourthe, qui maintenant ne fait plus partie du territoire français. Les nombreux échantillons de fer-blanc qu'a réunis l'exposition de 1819 prouvent que cette industrie a fait de très grands progrès.
Le bon fer-blanc se distingue à sa malléabilité, à l'égalité d'épaisseur des feuilles, à un étamage solide, parfaitement uni et sans tache. Celui que fabrique M. Delloge, est-il dit dans le Dictionnaire des découvertes en France, réunit ces diverses qualités dans un degré supérieur. On a employé ses fers-blancs à faire des ouvrages très difficiles ; on les a mis à différentes épreuves ; ils se sont toujours modelés avec toute la souplesse désirable. Des expériences comparatives ont prouvé enfin que nos fers-blancs perfectionnés ne le cèdent en rien à ceux des fabriques étrangères, ni sous le rapport de la bonté ni sous celui de la beauté.

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